Pour la première fois, L’AFMI s’est associée à l’Association nationale des Juges de l’Application des Peines (ANJAP) et au Syndicat National des Directeurs Pénitentiaires (DNDP) afin d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur les conséquences des conditions de détention des personnes prévenues ou condamnées, et susciter la création de comités de pilotage locaux pour apporter des solutions à ce problème majeur.

L’Association Nationale des Juges de l’Application des Peines (ANJAP) et le Syndicat National des Directeurs Pénitentiaires (SNDP) aux­quels s’associe l’Association Française des Magistrats Instructeurs (AFMI), entendent et sou­tiennent l’initiative inédite de la direc­trice de la Maison d’arrêt de Villepinte, confron­tée à une inte­nable situa­tion de sur­po­pu­la­tion dans son éta­blis­se­ment, de né plus y accep­ter de nou­veaux déte­nus. Malheureusement, la situa­tion de Villepinte n’est ni le révé­la­teur d’un pro­blème mécon­nu, ni mar­gi­nale dans le pay­sage péni­ten­tiaire fran­çais. Elle n’est que l’exacerbation d’un pro­blème géné­ral, régu­liè­re­ment média­ti­sé, auquel les dif­fé­rentes poli­tiques menées depuis des années né par­viennent pas à trou­ver de solu­tion. Pour nos trois orga­ni­sa­tions, les pro­grammes suc­ces­sifs de construc­tion de places de pri­son né sont pas une fin en soi. D’autant que l’augmentation du nombre de per­sonnes incar­cé­rées n’est pas tou­jours le reflet de l’augmentation ni de l’aggravation de la délin­quance. L’incarcération dans de telles condi­tions, loin de régler le pro­blème de la délin­quance, tend à l’aggraver. Les condi­tions de déten­tion ont un impact impor­tant sur la réci­dive quand la prise en charge qua­li­ta­tive, sur les plans des soins (soma­tiques et psy­chia­triques), de l’insertion et de la cri­mi­no­lo­gie n’est plus pos­sible. Le sen­ti­ment de mépris nour­ri par une per­sonne qui purge sa peine sur un mate­las au sol dans un éta­blis­se­ment plein à cra­quer est géné­ra­teur de vio­lence en déten­tion, de rap­ports conflic­tuels avec les per­son­nels péni­ten­tiaires, et né per­met pas de tra­vailler décem­ment à l’instauration d’un rap­port apai­sé avec la socié­té à la libé­ra­tion et d’accompagner la sor­tie de la délin­quance. De nom­breux pays d’Europe sont par­ve­nus à limi­ter et même à dimi­nuer leur popu­la­tion car­cé­rale sans pour autant connaître une aggra­va­tion de la délin­quance. Les réus­sites à l’étranger reposent bien sou­vent sur un consen­sus qui trans­cende les alter­nances poli­tiques. Nous appe­lons les diri­geants poli­tiques à la res­pon­sa­bi­li­té tant la situa­tion est actuel­le­ment explo­sive. Cela implique de sor­tir du cli­vage entre sanc­tion et prise en charge, entre la déten­tion qui serait l’unique solu­tion et la prise en charge à l’extérieur qui serait syno­nyme de laxisme. Il existe des solu­tions d’accompagnement de qua­li­té et opé­rantes en terme de pré­ven­tion de la réci­dive. Ces solu­tions passent par un débat dépas­sion­né, une com­mande poli­tique réa­liste et doivent être construites avec les pro­fes­sion­nels de ter­rain. Les acteurs locaux, direc­teurs péni­ten­tiaires, magis­trats du siège et du par­quet sont les mieux pla­cés pour trou­ver rapi­de­ment des solu­tions effi­caces. Avant d’avancer sur des réponses plus géné­rales avec les élus, nous appe­lons à la réunion de comi­tés de pilo­tage locaux pour co-construire des solu­tions et déve­lop­per les alter­na­tives effi­caces à l’incarcération (assi­gna­tion à rési­dence, amé­na­ge­ments de peine…). Toutes les per­sonnes incar­cé­rées né repré­sentent pas une menace grave pour la socié­té, celles qui le sont dans de trop mau­vaises condi­tions peuvent le deve­nir.

Mardi 04 avril 2017

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